mardi 15 novembre 2011

Crossfire de Miyake Miyuki

 Quellecrossf que soit l’histoire, fantastique ou policière, tout est vu alternativement par Junko & Chikako, les deux femmes fortes du roman : l’une en fait la démonstration par son pouvoir spectaculaire, l’autre par son patient travail de réflexion au sein de la police. Bien que tout les oppose, ces héroïnes se réapproprient l’espace du roman, au propre (on suit leur périple à travers Tokyo) comme au figuré (elles sont les sujets de cette création littéraire). Les hommes, eux, sont à leur désavantage (traîtrise, lâcheté, violence ou lourd passé handicapant) et ce sont les femmes qui en pâtissent toujours (viol, meurtre, harcèlement, contrainte, inégalités salariales ou solitude). Avec les portraits de Junko & Chikako, Crossfire redonne sa place à la femme dans la société japonaise. D’ailleurs, le contenu social passionne autant que les péripéties et le travail d’enquête : à cause de la mondialisation, la bulle économique s’est dégonflée et a entraîné le Japon dans une période de récession économique sans précédent. Cette crise financière s’est vue accompagnée d’une criminalité croissante, due aux restructurations de quartiers, aux fermetures d’usines, au chômage grandissant, à la désertification des lieux. Ces réactions en chaîne ont engendré une délinquance juvénile massive liée à un grand malaise identitaire (la communauté a éclaté avec la récession). La question de l’auto-justice, sur fond d’insécurité urbaine se pose alors au lecteur : le citoyen sera-t-il réduit à faire justice lui-même pour se protéger d’une société où le danger est partout et la police nulle part ?

 

 

 

 

Posté par MediatekChatou à 09:10 - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur Crossfire de Miyake Miyuki

  • Crossfire de Miyake Miyuki

    J'ai beaucoup aimé ce livre, dur par toute ce qu'il représente : le triste constat d'une société en plein désarroi qui a perdu ses repaires sociaux ; ce qui se traduit par un engrenage d'une violence inouïe, parfois muette mais toujours présente, une vie sociale inexistante ou déchirée où chacun se surveille et s'accuse, des rôles inversés entre flics et voyous. Junko, l'héroïne est attachante par ce qu'elle ressent et faire découvrir au fil des pages. Chikaro, flic, pleine d'humanité, nous donne envie de la suivre dans son raisonnement... C'est vrai que les hommes n'ont pas le beau rôle, que dire de vieilles femmes crachant des mots de violence, des gamins n'ayant aucun sens des responsabilités... où l'argent mène le monde à sa manière.
    Est-ce le véritable reflet d'une société orientale où l'on retrouve constamment une autocritique faite de fausse justice, d'insécurité, de cupidité où les bons sentiments ont du mal à survivre mais ressortent toujours vainqueurs?
    A lire avec intérêt.

    Posté par courou, mercredi 11 janvier 2012 à 21:22 | | Répondre
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